40 musées qui ont marqués l’architecture contemporaine

27 août 2018by Didier GauërArchitecture et inspirations2

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L’engouement mondial pour les nouveaux temples culturels

De New York à Sydney, la planète musée ne cesse de s’étoffer grâce au financement privé et parfois encore publique.

Mêmes les pays qui ont du mal à s’imposer sur l’échiquier géopolitique comme Palestine ou Kurdistan investissent dans les nouveaux musées. Car, les musées ont également comme fonction d’être des gestes politiques de reconnaissance de la nation. Le cas emblématique de ce phénomène mondial est le nouveau musée de Naga au Soudan (près de Khartoum) qui va voir un nombre très limité de visiteurs, archéologues sans doute pour la plupart.

Il est logique que la Chine avec ses nouveaux milliardaires démontre presque chaque semaine au travers un océan de projets d’architecture sa puissance.  Sans oublier les monarchies pétrolières qui se payent la totalité des prix Nobel d’architecture en se livrant la concurrence dans le sable : un musée par prix Pritzker décerné.

Nous avons déjà abordé le sujet dans l’article précédent sur l’architecture et le pouvoir.

C’est la conjonction de plusieurs phénomènes:

  • La démocratisation de la culture et la globalisation de sa diffusion.
  • L’arrivée massive du « artketing » avec les règles économiques dans le culturel.
  • La diffusion sur le marché international au nouveau public bien plus large et aussi moins connaisseur.
  • L’usage de la culture comme une nouvelle attraction touristique.
  • Sans oublier (depuis toujours), l’architecture comme symbole de la puissance qu’elle soit politique, historique, idéologique, nationale, économique ou régionale.

Mais notons un phénomène nouveau : il y a plus de musées créés depuis 2000 que durant tous les 19ème et 20ème siècles. 700 musées construits en une année, qui dit mieux?

L’architecture des musées est-elle si compliquée à concevoir?

30 ans de réalisations illustrent toutes les tendances.

Démystifions d’emblée l’idée qu’un projet de musée soit particulièrement complexe à réaliser.

Mais, l’architecture des musées » illustre très bien toutes les tendances depuis la higt-tech avec Le Centre Pompidou de Renzo Piano &Rogers, au minimalisme du musée d’art moderne de SANAA, en passant par le néobaroque de Bilbao ou le déconstructivisme de Liebeskind à Berlin.

La notion de complexité d’un sujet architecturale est parfois trompeuse. Concevoir des musées, en terme de programmation, n’est pas plus difficile que de concevoir tout autre type de bâtiment publique.

Ce n’est pas parce que c’est grand ou grandiose, que c’est systématiquement plus difficile. Tous les musées comportent dans leur programmation la conservation et l’exposition des oeuvres permanentes ou éphémères, l’accueil du public, la gestion des flux et la mise en valeur des espaces commerciaux. Il faut penser correctement à la modularité et anticiper les circulations des visiteurs.  Pour le reste, c’est un ERP…comme une école.

Inversement même, comme il s’agit d’un espace dont l’agencement est très libre, c’est même parfois plus simple de créer en toute liberté.

Cette liberté signifie justement que les musées sont souvent emblématique d’une écriture architecturale ou d’un courant historique. Ce qui rend ce type de réalisations particulièrement désirables pour leur créateurs, c’est aussi le travail sur la lumière et les percées.

L’enveloppe extérieure est finalement assez libre pour fermer ou ouvrir les espaces, créer ou pas des ouvertures et autorise des expérimentations et des formes originales. C’est donc un exercice de style généreux permettant d’exprimer une grande créativité architecturale  avec relativement peu de contraintes techniques. Fréquemment en plus, avec les budgets confortables.

Une configuration de rêve pour un architecte.

Là, où, dans les projets courants, l’architecte bataille avec un budget ridicule, la contrainte de m2 par occupant dictée par la rentabilité. Il doit inclure dans le projet le réaménagement d’une bâtisse déjà existante et sans intérêt des années 60 (mais qu’il convient de réhabiliter avec les matériaux ‘les moins chers possibles’ ) et un environnement réglementaire contraignant.

Sans omettre un environnement citadin et un voisinage souvent hostile qu’il faut aussi prendre en compte et négocier difficilement le sujet avec les élus. Usuellement, les agences bataillent avec les mairies et les associations des riverains pour obtenir les agréments à temps. Ajoutons à cela des centaines de contraintes techniques et réglementaires liés aux ERP qui explosent le nombre d’interdits et de contraintes.

Rien de tel pour les projets où les commanditaires des Etats monarchiques offrent les dollars, décident directement des règles et proposent des plaines de sables disponibles à l’infini… Il y a évidemment également les réalisations de musées plus subtiles et plus complexes. D’ailleurs, généralement, il s’agit de réhabilitations et de reconversion de bâtisses où d’insertion dans un tissu urbain.

C’est pourtant souvent là, que se trouve une grande créativité et même de véritables exploits architecturaux. Sans doute, ceci reste moins visibles pour le néophyte.

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Peut-on reproduire 100 fois l’effet Bilbao?

Le sauvetage des cités par un projet culturel est-elle ans cesse reproductible. Ou l’overdose des musées sans collection de qualité pointe-elle à l’horizon?

Vous avez compris, les nouveaux musées, ce ne sont plus des cimaises dans les cubes blanches.

La discipline muséale a adoptée la nouvelle technologie et la logique de parcours exploratoires. Avec  toute la panoplie de marketing moderne. Il ne manque parfois que des collections de qualité où correctement restaurées et un véritable projet de recherche muséal. Ce qui ne manque pas, c’est le spectacle pour la société de divertissement qui en réclame toujours plus. Ni les boutiques bien achalandées.

L’architecture doit-elle être complice de la société de spectacle?

L’architecture est le miroir de la société

Certaines réalisations sont des objets destinés à fasciner les foules et s’apparentent à des vaisseaux spatiaux cédant à une surenchère formelle. L’architecte s’enferme ici dans la posture de ‘faiseur de forme’ , magnifiant le vide conceptuel du commanditaire et brillant de par l’absence de l’utile, du solide, du beau et du subtile.

Nous voilà levant la tête vers les plafonds tarabiscotés aux milieux des rampes complexes, se perdant dans les sous-sols immenses. Parfois, nous devons cacher notre vertige dans les escaliers monumentaux, goûtant aux architectures « liquides », expérimentant les explosions visuelles de formes et souvent aussi des immersions virtuelles en image…

Trois projets remarquables pour leur apport particulier.

Dans le nombre grandissant des musées, nous trouvons évidemment aussi des chefs d’œuvres et des exploits technologiques. D’autres réalisations sont les marqueurs d’une nouvelle époque, les ‘ »premiers » du genre, comme le Musée de Bilbao.

D’autres encore, plus petits, moins spectaculaires, sont parfois moins médiatisés que des paquebots grandiloquents au goût homogène international et pastiche, mais apportent une idée nouvelle. The Shed est une véritables prouesses technologiques qui aborde le sujet de mobilité et de flexibilité de manière radicale. Car, il faut accueillir dans les musées souvent des réalisations monumentales et des performances multi-média. Les espaces sont transformables à grande échelle comme pour ce champion d’une nouvelle modularité, The Shed à NewYork. Ici, toute la structure est modifiable, grâce aux résilles de métal placées sur les rails pour accueillir en cas de besoin des ouvres de grande taille ou une esplanade ouverte pour 3000 spectateurs.

Remarquable également certains projets de transformation des espaces industriels. Nous rendons ici un hommage appuyé à la transformation des anciens silos à grains de la ville de Cap en Musée dédié à l’art africain. Une idée absolument extraordinaire qui laisse sans voix. Et pourtant en apparence si simple.Une très belle idée.

Plus classique, la transformation d’un chantier naval en joyau muséal à Shanghai pour le musée Long Museum. Les architectes ont conservés sur place un tapis roulant de 110 mètres longs servant à transporter le charbon comme élément structurant le musée.

Bientôt, nous nous passerons de collections pour rester simplement sidéré dans ces musées d’un nouveau type ?

A l’image du musée de Pingtan Art Museum, ce projet sous forme de raie Manta et une île flottante.

Une belle maquette présentée au salon du meuble de Milan, mais son contenu reste encore énigmatique.

Toutefois, notons que le marché d’art moderne progresse de 18%  au premier semestre 2018. Il est à 75% tiré par les acquisitions des musées pour les gros achats supérieurs à 1 millions de dollars.

Dans la première vague des musées spectaculaires, nous avons sélectionné quelques valeurs sûres. Voilà une liste éclectique des œuvres créatives qui durent ou qui ont marqué leur époque.

  • Mona Museum of Old and new Art/ Berriedale à Australie/2011/Fender Katsalidis
  • Mount Fuji Wold heritage center/Japon/2017/Shigeru ban
  • Musée juif /Berlin/ Liebeskind
  • Musée de Quai Branly à Paris / Jean Nouvel
  • MuceM, Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerrannée/2013/Rudy Ricciotti
  • Musée hergé/Louvain-la-neuve/Belgique/ Christian de portzamparc
  • Musée d’art contemporain de Rome/ Odile Decq
  • Musée d’Acropole à Athènes/ Bernard Tschumi
  • Musée d’Art contemporain de Castille / Léon/Espagne/2004/Louis de Mansilla et Tunon
  • Musée des Sciences, planétarium et opéra / Valence/Espagne/2006/ Santiago Calatrava
  • Palais des beaux-arts de Lille/4997/jean-marc ibos et Myrto Vitart
  • Musée du Louvre lens/2012/Sanna
  • Tate moderne de Londres/Herzog&de Meuron
  • Guggenheim de Gehry à Bilbao
  • Le musée du grand-Hornu /Belgique/Pierre hebbelinck
  • Le musée de la Ruhr/Essen/ Rem Koolhas

Le panorama plus récent, voilà les musées tout juste sortis de terre. Une nouvelle vague muséologique !

Quelques nouvelles créations qui marquent les années post 2000 dans l’ère de la globalisation.

Le centre de gravité se déplace ( à quelques exceptions près) vers l’Asie et les pays du Golfe pour les nouvelles créations de musées. Toutefois, le marché de l’art qui est dopé par les acquisitions des musées est à 64% tiré par deux pays : les Etats-Unis et la Chine. C’est un indicateur intéressant. La France représente 4%.

  • National Museum of American History&Culture/washington/Adjaye Associated/2016
  • Museumplein Limbourg/Kerkrade/Pays-Bas/2015/Shift Architecture urbanisme
  • Lego House de Billund/2017/ Big
  • Zeitz Museum of contemporary Art Africa/ le Cap/2017/Heatherwick Studio
  • Naga Site Museum/2008/naga/David Chipperfield Arch.
  • Palestine Museum/Birzeit en Cisjordanie/Heneghan Peng Arch./2016
  • National Museum of Qatar, la rose des sables de jean Nouvel/2018/Doha
  • Pingtan Art Musem/2011/projet/Mad/Chine sous forme de raie manta
  • Museum of contemporary Art&Planning exhibition, le Mocape /Shenzen/2016/Coop Himmelb(l)
  • Musée de Confluence de Lyon/ Coop Himmelb(l)au
  • Long Museum/ Shanghai/2014/Atelier Deshaus
  • Fuyang Cultural Complex /2017/WangShu, Pritzker2012/le village des musées
  • Yumin Art Nouveau collection/Jeju Island(Corée du Sud)/JAC/ 2017,
  • suite du musée Genius Loci de Tadao Ande (tout l’inverse de la tendance spectaculaire)
  • Musée Soulages de Rodez/RCR

Pour finir, voici quelques projet et réalisations remarquables dont on voit partout les visuels en 3D, mais qui n’ont pas commencé (un jour peut-être) ou ne sont pas terminés:

  • Le China Comic&Animation Museum (projet depuis 2011)/MVRDV
  • The Shed /NY/2019/ Diller Scofidio et Renfro
  • Munchmuseet/Oslo/2019 /Estudio Herreros
  • Kurdistan Museum/erbil/2009-projet/Liebeskind, musée -geste politique de reconnaissance d’une nation
  • Zayed national Museum/2020/Foster/Abu Dhabi (Emirats Arabes unis), pas loin du Louvres de Jean Nouvel.
  • Sydney Modern project/Sanaa(Sejima+Nishizawa), 2021
  • Meixihu International Culture&Art Center/2013-projet/Zaha Hadid, décédée en 2016/Changsha-Chine
  • Fondation Pinault /Bourse de Commerce à Paris/2019

Didier Gauër

Architecte DPLG depuis 1986 et fondateur de l'agence d'architecture Zebrand’co, Didier est spécialisé en architecture des établissements d'enseignement supérieur. Sa passion : concevoir des environnements et espaces pour favoriser le bien-être des étudiants et l'innovation pédagogique des enseignants. Education#Architecture.

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